BIPOLAIRES 64/40

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Trouble bipolaire : des séances de psychoéducation au centre expert de Charles-Perrens

 

 

Jean-Pierre, diagnostiqué à 65 ans, témoigne

Trouble bipolaire : des séances de psychoéducation au centre expert de Charles-PerrensLe Dr Sébastien Gard (au premier plan à gauche) et l’équipe du centre expert bipolaire de Charles-Perrens.© PHOTO 
PHOTO LAURENT THEILLET
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�Je me sens guéri. Normal. Évidemment, j’ai un traitement à vie, encore quelques séances de psychoéducation à l’hôpital Charles-Perrens, mais je vais bien. J’ai cessé de vivre ces longues phases de dépression qui me mettaient par terre pour des semaines. J’étais un légume. » Jean-Pierre, 67 ans, reconnu bipolaire à 65 ans, après des années d’errance diagnostique. Il fut, tour à tour, marin dans la marine marchande, banquier, commerçant dans l’île de Ré - un tabac-presse, puis une crémerie, puis une épicerie fine -, avant de monter des chambres d’hôtes. Et de sombrer.

Danielle, son épouse, le raconte : « Des phases euphoriques suivies de périodes de profonde dépression. Jusqu’à la tentative de suicide. Rien pourtant dans notre vie n’expliquait ces variations. Il était soigné pour grande dépression. Mais ne s’en sortait pas. » Jean-Pierre est interné en hôpital psychiatrique pour subir un traitement de fond : 17 ECT (électroconvulsivothérapie, anciennement appelée « électrochoc »). « Rien ne me remettait sur pied, évoque le patient. Jusqu’au jour où j’ai atterri au centre expert bipolaire de Charles-Perrens, à Bordeaux. »

Il y a enfin un diagnostic posé sur ses troubles, très pointu. Des tests sont effectués, portant sur la qualité du sommeil, le comportement social, les relations avec ses proches. Une espèce de carte d’identité de la pathologie.

Le Dr Sébastien Gard, psychiatre, dirige le centre expert bipolaire : « Il existe autant de formes de troubles bipolaires que de patients qui en souffrent. Chacun a son profil, et le traitement doit s’adapter à chaque cas. Nous travaillons avec le malade afin qu’il devienne expert de sa propre maladie. Plus on comprend le fonctionnement de la pathologie, mieux on peut le gérer, et l’anxiété, la culpabilité peuvent être dominés. »

Une thérapie plus complète

En plus du diagnostic personnalisé, de la thérapie médicamenteuse, Jean-Pierre et son épouse Danielle sont invités à participer à des séances de psychoéducation. Le Dr Sébastien Gard anime ces séances, les patients peuvent parler librement de leurs troubles et les accompagnants, de leurs difficultés.

« Nous étions une petite quinzaine au début, se souvient Danielle. Franchement, pour moi qui vis la maladie au quotidien, ça a été spectaculaire. Ces séances m’ont permis de lâcher prise. Jusque-là, je vivais tout le temps dans l’angoisse d’une catastrophe, d’une rechute. J’étais devenue l’infirmière de mon mari, et j’ai mesuré combien ça me pesait. J’ai ainsi pu reprendre ma place d’épouse et me reposer sur l’équipe et… sur lui. Grâce à la connaissance qu’il a acquise de sa maladie. Je n’étais plus seule. »

Tous les quinze jours, pendant six mois, le couple se rend de Libourne à l’hôpital Charles-Perrens. D’autres personnes arrivent de Charente, des Landes, de la Dordogne. « La psychoéducation est une stratégie thérapeutique innovante, remarque le Dr Gard. Elle ne dure qu’une période, après quoi le patient s’en remet à lui-même et à son médecin référent à qui l’on donne nos recommandations. En revanche, nous faisons le point avec nos malades lors de consultations ponctuelles. »

Il existe aujourd’hui neuf centres experts de troubles bipolaires en France, et un seul pour tout le Grand Sud-Ouest. La structure de Charles-Perrens est intégrée dans un réseau de soins de la Fondation FondaMental. En 2012, le centre a reçu 347 patients, 15 % d’entre eux quittent l’hôpital avec un diagnostic qui n’a rien à voir avec des troubles bipolaires. « Le nombre de bipolaires diagnostiqués augmente d’année en année, note le médecin. Il existe un déficit en termes de diagnostic. »

Mettre des mots sur ses maux

Jean-Pierre et Danielle ont bouclé les séances de psychoéducation il y a six mois. Jean-Pierre avoue qu’il « se sent » guéri. Il ne l’est pas, mais sa maladie semble tenue à distance. « J’ai accepté, dit-il. Et, surtout, quel soulagement lorsqu’on met un nom sur vos troubles ! En plus d’être mal, je me sentais tout le temps angoissé parce que responsable de mon état. Je pensais que la volonté, ou le manque de volonté, avait à voir là-dedans. Or, pas du tout. »

Terminés les projets de Jean-Pierre trop audacieux, les déménagements, les coups de tête. Désormais, le couple a renoué avec la sérénité. « Je l’ai retrouvé comme il était quand je l’ai connu, sourit Danielle. À nouveau il a de l’humour. C’est un signe. Nous rions beaucoup ensemble, alors que nous avions perdu ça en chemin, de virages maniaques en longues dépressions. »

Témoigner de leur expérience a été pour eux un moyen de « renvoyer l’ascenseur » à une équipe soignante avisée et humaine. « Nous étions dans l’ignorance, rappelle souvent Jean-Pierre. Connaître son mal est un pas de géant vers la ‘‘guérison’’. »

 

in sud ouest avril 2013



20/11/2014
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