BIPOLAIRES 64/40

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Le valproate, molécule contre-indiquée pour les femmes enceintes bipolaires

L’Agence du médicament vient de contre-indiquer cette molécule chez ces patientes. À quand pour l’épilepsie ? demandent les malades.

Suite du feuilleton Dépakine-Agence française du médicament (ANSM). Combien de temps va-t-il encore durer? Rappelons que le valproate, la molécule de la Dépakine, est prescrit aux épileptiques et aux bipolaires, mais qu’il est responsable de graves effets secondaires sur le fœtus quand il est pris par une femme enceinte. Au moins 2  150 enfants en France seraient atteints d’une malformation importante depuis sa commercialisation en 1967. Jeudi matin, «l’ANSM a décidé que le valproate et ses dérivés ne doivent plus être utilisés pour traiter les épisodes maniaques du trouble bipolaire chez les femmes enceintes et les femmes en âge de procréer n’utilisant pas de contraception efficace». Autrement dit, le valproate ne doit plus être prescrit aux femmes bipolaires, mais va le rester chez les épileptiques en âge de procréer. Pourquoi? Pour les troubles bipolaires, les deux formes de valproate autorisées l’étaient sous les marques Dépakote et Dépamide.

Pas d’alternative au traitement

Marine Martin, la présidente de l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant (Apesac), qui a bataillé pour faire reconnaître en France ces effets secondaires et les faire prendre en compte dans l’information aux malades, fait remarquer les incohérences dans le discours du directeur général de l’ANSM, le psychiatre Dominique Martin. «Dans le cas des troubles bipolaires, il y a toujours une alternative de traitement au valproate pendant la grossesse, alors que dans l’épilepsie, il y a des cas où l’on ne peut pas s’en passer», assurait-il jeudi. Or, dans la nouvelle brochure d’information à l’attention de la patiente (diffusée sous l’autorité de l’ANSM), il est noté: «Chez les femmes en âge de procréer, le traitement par valproate de sodium est contre-indiqué chez les patientes présentant un épisode maniaque du trouble bipolaire, sauf en cas d’inefficacité ou d’intolérance aux alternatives médicamenteuses.» Il existe donc des femmes bipolaires pour lesquelles il n’y a pas d’alternative au traitement par le valproate, contrairement à ce qu’affirme Dominique Martin? L’Apesac demande par la voix de Marine Martin «pourquoi on ne pourrait pas faire la même chose pour l’épilepsie».

En même temps, pourquoi faire du zèle, alors qu’en matière de santé publique il est désormais établi que les institutions (ANSM, ministère, Direction générale de la santé, etc.) ne sont jamais (ou a minima) pointées du doigt? Pour le Mediator, rappelons que l’agence est mise en examen en tant que personne morale, mais qu’aucun de ses fonctionnaires ne l’a été en tant que personne physique. Seuls ceux qui se sont fait prendre pour avoir été payés par le laboratoire l’ont été, pas ceux qui ont traîné la patte, alors qu’ils auraient pu œuvrer pour interdire plus tôt le Mediator.

Dans son communiqué de presse, l’ANSM n’hésite pas à écrire: «Un programme d’études pharmaco-épidémiologiques conduit par l’ANSM en partenariat avec la Cnamts a confirmé le caractère hautement tératogène (provoquant des malformations chez les nouveau-nés, NDLR) du valproate.» Une étude était-elle vraiment indispensable pour aboutir à cette découverte? Rappelons que ces données sont acquises dans la littérature scientifique… depuis les années 1980.


Conseils aux patientes

Chez les patientes bipolaires en âge de procréer, un test de grossesse, sur prélèvement sanguin effectué en laboratoire, sera dorénavant obligatoire avant de commencer le traitement prescrit par un psychiatre. Le médecin devra s’assurer que la patiente dispose d’une «contraception efficace» (stérilet ou autre). La vérification du fait que la femme n’est pas enceinte devra ensuite se faire régulièrement en cours de traitement. Chez ces femmes, Dépakote et Dépamide ne pourront de toute façon être prescrits qu’en dernier recours, en cas d’inefficacité des autres traitements ou d’intolérance de la part des patientes.

L’ANSM invite toutes les femmes bipolaires en âge de procréer traitées par valproate à «se rapprocher immédiatement de leur médecin afin d’étudier avec lui le report versla meilleure option thérapeutique» ou pour mettre en place les précautions adéquates si ce traitement est maintenu. Celles qui seraient déjà enceintes doivent «consulter en urgence» leur médecin pour interrompre ce traitement et le remplacer. Si la grossesse est poursuivie, un suivi attentif de la mère et de l’enfant à naître doit être engagé. (Avec AFP)

Le Figaro 07/07/2017



10/07/2017
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