BIPOLAIRES 64/40

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Troubles bipolaires, les repérer très tôt pour mieux les soigner

Pendant plus de la moitié de sa vie, Annie Labbé a été bipolaire sans le savoir. "Pendant des années, j'ai été traitée pour dépression avec des antidépresseurs qui, au final, n'ont jamais servi à rien. Et ce n'est que lorsque j'ai eu 40 ans que le diagnostic a été porté " raconte la fondatrice et présidente de l'association Argos 2001. Diagnostic d'une maladie tapie dans l'ombre, insoupçonnée tout en étant présente au quotidien. "A l'époque, je travaillais comme chef de publicité; j'étais en stress permanent et, au cours d'une même journée, j'avais des changements d'humeur très importants; à certains moments, j'avais des accès de mélancolie, puis à d'autres, j'étais portée par une sorte d'euphorie qui me donnait des ailes." Aujourd'hui, cela fait 20 ans qu'A. Labbé a pu mettre un nom sur sa maladie et apprendre à vivre avec. "J'ai un traitement qui m'a complètement stabilisée et je mène une vie normale" assure t-elle, tout en accueillant favorablement les recommandations rendues publiques par la Haute Autorité de Santé le 07/10/2015 pour aider les généralistes à repérer le plus tôt possible la maladie.

Le diagnostic précoce est un enjeu essentiel dans cette pathologie qui bien souvent laisse les familles totalement désorientées pendant des années, juge Danièle Loubier, administratrice de l'union nationale de familles et d'amis de personnes malades et/ou handicapés psychiques (UNAFAM).

 

On estime que les troubles  bipolaires touchent environ 1% de la population française."Il s'agit d'un trouble complexe, difficile à diagnostiquer, et il s'écoule en moyenne dix ans entre son apparition et la mise en place d'un traitement adapté, souligne la HAS (Haute Autorité de Santé) en insistant sur le risque élevé de suicides. Un malade sur deux fera au moins une tentative de suicide dans sa vie et 15 % en décéderont.

 

Pendant longtemps, la médecine a désigné ces troubles sous le terme assez stigmatisant de "psychose maniaco-dépressive". Désormais, on parle de troubles bipolaires. Mais la réalité de la maladie reste la même: elle se manifeste par une alternance de phases dépressives et de phases maniaques ou hypomaniaques. Durant ces épisodes dépressifs, la personne est triste, ralentie, n'a plus de gout à rien, et va avoir du mal à effectuer les activités de la vie quotidienne. Lors des épisodes maniaques, la personne peut être hyperactive, euphorique, irritable, faire de multiples projets, perdre toute inhibition, faire des dépenses inconsidérées et perdre son objectivité, souligne la HAS. Ce qui est très caractéristique, ce sont aussi les troubles du sommeil importants et durables; et le fait que la personne parle beaucoup et vite (logorrhée).

Ces périodes peuvent être de durée variable, plusieurs semaines ou plusieurs mois pour les phases de dépression, généralement plus bref pour les phases maniaques car au bout d'un moment l'entourage se rend compte qu'il se passe quelque chose d'anormal, indique le Dr Bruno Etain, psychiatre au Centre Expert des troubles bipolaires de Créteil. Mais il ajoute: il peut arriver que la personne soit hypomaniaque avec des phases d'excitation d'intensité mineure. Dans ce cas, cela peut passer inaperçu pendant un temps assez long.

Le plus souvent, la maladie survient à un âge précoce, (entre 15 et 25 ans). C'est souvent déconcertant pour les parents qui, au départ, ont tendance à penser qu'il s'agit d'une crise d'adolescence un peu exacerbée. Ensuite, c'est souvent pour dépression que la personne finit par consulter. Le problème est que bien souvent, le généraliste traite juste la dépression sans s'interroger sur la possible existence de signes maniaques. indique le Dr Philippe Guillou, généraliste à Strasbourg. Ensuite, c'est le psychiatre qui va porter le diagnostic et engager la personne dans un traitement au long cours. D'un patient à l'autre, l'effet des traitements peut être très variable. En dépit des médicaments, la vie de certaines personnes reste très altérée par la maladie mais j'ai aussi de nombreux patients qui vivent de manière tout à fait normale. souligne le Dr Etain.

Une vie normale ? A condition de prendre certaines précautions. Les tabous restent encore forts insiste Annie Labée. "Par exemple on déconseille aux personnes de dire à leur employeur qu'elle sont atteintes de troubles bipolaires. Pour leur éviter, comme on le voit encore trop souvent d'être mises à l'écart ou dans un placard."   

 

Tiré du quotidien LA CROIX du 08/10/2015

 

 

 

  

 

  



09/11/2015
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