Hygiène de vie et sport réduisent l'anxiété

"Hygiène de vie et sport réduisent l'anxiété"

par le Dr Alain Gérard

Que faire pour être plus serein lorsqu'on est d'un naturel anxieux, sans que cela soit pathologique ?
Alain Gerard : Chassez le naturel anxieux, il revient au galop ! L'honnêteté consiste à reconnaître que les personnalités anxieuses le restent mais qu'il existe de nombreuses manières de réduire les effets gênants de l'anxiété normale. Toutes les règles concernant l'hygiène de vie, la pratique d'un sport, la consommation réduite de psychostimulants et certaines méthodes de vie permettent de réduire l'anxiété.

Que pensez-vous de l'homéopathie pour soulager l'anxiété ?
L'homéopathie aide beaucoup de sujets anxieux, en particulier quand il ne s'agit pas d'anxiété vraiment pathologique. Le reproche fait aux traitements homéopathiques est qu'ils ne se sont pas soumis aux exigences de la médecine par les preuves mais l'expérience de terrain confirme les bienfaits de cette approche pour une catégorie de patients.

L'anxiété est-elle héréditaire ?
Les études portant sur l'hérédité des fonctions psychiques normales ou pathologiques sont extrêmement complexes. Les généticiens pensent qu'une vulnérabilité au stress ou à l'anxiété sont probablement portées par des éléments hérités mais aucune localisation génétique précise n'est à ce jour consensuelle. Les orientations théoriques actuelles s'intéressent à l'intrication de l'inné et des conditions précoces du développement, conditions du maternage, conditions sociologiques, événements de vie, etc. Bien qu'il soit toujours délicat d'extrapoler de l'animal à l'homme, les études animales ont largement démontré les conséquences d'un environnement expérimentalement stressant sur l'anxiété.

Je me réveille souvent en pleine nuit, sans réussir à m'endormir, comment savoir si c'est un trouble du sommeil et que dois-je faire ?
Alain Gérard
: Si ça se répète toutes les nuits et que ça n'existait pas il y a quelques semaines, c'est un trouble du sommeil. Il faut trouver une explication à cette anomalie en cherchant des symptômes associés qui peuvent traduire l'entrée dans une dépression ou dans toute autre maladie physique. Si les troubles persistent, il faut demander l'aide du médecin qui affinera le diagnostic.

Pourquoi dit-on que l'insomnie de fin de nuit est un symptôme de dépression ? Si l'on se réveille systématiquement en fin de nuit mais que l'on n'a pas de problème pour se rendormir, est-ce aussi un signe qui doit alerter ?
L'insomnie de fin de nuit n'est une insomnie que si on ne se rendort pas. Si le réendormissement s'effectue sans difficulté, il s'agit d'un simple éveil, apparaissant entre deux phases de sommeil. La particularité de l'insomnie matinale dépressive est de survenir à peu près tous les matins, d'être d'apparition récente et surtout de s'accompagner de sensations physiques et psychiques d'angoisse, qui justement empêchent le sujet de se rendormir.
Ce symptôme d'éveil précoce constitue un symptôme révélateur d'une dépression à venir chez certains patients. Les autres symptômes de la dépression ne sont pas encore apparus.

"Neuf fois sur dix, des règles d'hygiène facilitent l'endormissement"
J'ai beaucoup de mal à m'endormir, ce qui fait que je ne dors pas assez et le matin, au réveil, c'est la croix et la bannière pour me lever. Que faire pour réussir à m'endormir dès que je suis au lit ?
L'organisation de la vie sociale n'est guère favorable à l'hygiène du sommeil et en particulier à l'endormissement. Beaucoup de personnes dorment dans leur chambre avec une télévision, un ordinateur, un téléphone et parfois un peu de bruit dans la rue. Il existe des règles d'hygiène de vie adaptées à chaque personne qui permettent de faciliter l'endormissement neuf fois sur dix. L'application régulière de règles de bon sens et de quelques rituels améliorent considérablement l'endormissement.
Un piège classique consiste, parce que l'on s'endort de plus en plus tard, à s'éveiller de plus en plus tard. La vie du corps est rythmée par des cycles sécrétoires qui, s'ils sont désynchronisés, font que le réveil sonne alors que le corps n'est pas préparé à cet éveil.

Je souffre d'insomnies depuis des années, seuls les somnifères me font dormir. Sont-ils si dangereux sachant que si je ne les prenais pas je serais fatiguée, énervée… ?
L'usage des somnifères sur de longues durées est généralement contre-indiqué dans la mesure où ces médicaments allongent en principe la durée perçue du sommeil mais réduisent sa qualité. L'intéressé qui ne va pas mieux pense que cela serait bien pire s'il ne prenait pas ce type de médicament. Il existe des réseaux spécialisés dans la prise en charge des troubles du sommeil, des alternatives sont possibles à condition qu'un bilan complet et qu'une analyse d'ensemble de la situation soient effectués. Cela demande du temps et la volonté précise de changer de stratégie.

J'ai l'impression que les antidépresseurs ne soignent que les symptômes et non les causes. Cela signifie-t-il que l'on doive les prendre à vie si l'on ne souhaite pas retomber dans un épisode dépressif ?
Alain Gérard : Les antidépresseurs réduisent en effet les symptômes liés à la dépression dans la mesure où ils agissent à un niveau biologique central. Ils réduisent inégalement des symptômes très divers en fonction de leur mécanisme d'action et en fonction de leur "profil", les uns étant stimulants, les autres plus sédatifs. Ils sont principalement destinés à traiter un épisode dépressif aigu et doivent être utilisés au moins trois mois après la disparition des symptômes de la dépression.

Lorsque, en accord avec le médecin, le traitement est arrêté, il doit l'être très progressivement afin que des symptômes gênants n'apparaissent pas lors de l'arrêt du traitement, symptômes qui pourraient faire croire à une rechute dépressive. Certains patients guéris d'un épisode dépressif vont, dans les années qui suivent, récidiver. Si les récidives se rapprochent, si plus de trois épisodes surviennent dans un court laps de temps, il est raisonnable d'envisager un traitement préventif qui durera quelques années, la situation étant réévaluée après deux à trois ans de traitement continu. Il est fortement recommandé dans ces cas d'associer une prise en charge psychothérapique qui complétera le travail de prévention.

J'aimerais savoir s'il est dangereux de prendre des antidépresseurs pendant des dizaines d'années (s'il n'y pas d'autres solutions pour aller mieux) ?
Les antidépresseurs existent depuis un demi-siècle. Des milliers de patients ont utilisé les antidépresseurs au cours de périodes égales ou supérieures à 20 ans. L'inocuité de ces traitements au long cours varie en fonction des classes d'antidépresseurs et la question fondamentale du bénéfice-risque reste au cœur de cette question. Pour le petit nombre de patients chez qui l'expérience a montré qu'il n'existait pas d'autre solution préventive efficace que la chimiothérapie au long cours, il n'y a pas d'état d'âme : les patients doivent admettre que, comme d'autres patients somatiques, ils relèvent d'un traitement long, justifié scientifiquement et non discutable moralement.
Toute la question est de savoir qui entre dans ce cadre, qui porte l'indication, quelles sont les stratégies de traitement qui ont été envisagées : l'indication d'un traitement au-delà de cinq ans nécessite un avis spécialisé de psychiatre.

J'ai vu récemment une émission à la télévision expliquant que les antidépresseurs type Prozac n'avaient pas ou peu d'efficacité, qu'en pensez-vous ?
Il existe des dépressions d'intensité légère, d'intensité moyenne ou d'intensité sévère. Les antidépresseurs modernes ont été étudiés et comparés à l'effet du placebo pour ces trois niveaux de gravité. Leur effet positif très supérieur au placebo est indiscutable pour les dépressions sévères. Ils sont légèrement supérieurs au placebo pour les dépressions d`intensité moyenne. Et ils ne se distinguent pas du placebo pour les dépressions d'intensité légère.

C'est pour ces raisons que les autorités, c'est-à-dire l'Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a accordé l'autorisation de mise sur le marché seulement pour les dépressions caractérisées d`intensités moyenne et sévère. On peut regretter que les industriels ne communiquent pas davantage les résultats négatifs concernant les dépressions de faible intensité. Cela rendrait le paysage plus clair et éviterait les titres assez désolants repris par la grande presse et semant le doute auprès de patients déprimés sévères qui se demandent si on ne se moque pas d'eux.

Comment choisir un bon psy ? "Vérifier si on a le sentiment d'avoir été écouté, entendu, respecté dans sa demande". Avez-vous des conseils pour identifier un bon thérapeute à la première visite ?
Alain Gérard : Le mot "psy" est un mot ambigü dans la mesure où il existe des psychiatres, des psychologues, des psychothérapeutes, des psychanalystes et quantité de professionnels se déclarant psys sans avoir fait aucune étude ou aucune formation valable en ces domaines. De nombreux ouvrages précisent les rôles respectifs théoriques des uns et des autres.
" Avant de consulter un spécialiste, il est intéressant de préciser pour soi-même ce que l'on attend de lui, de préparer en quelque sorte un premier entretien au cours duquel on note pour soi-même les motifs de la consultation, ce que l'on attend, ce que l'on est prêt à consentir comme effort en temps et éventuellement en argent. Bref, sa demande... De grands malentendus surgissent lorsqu'un sujet en attente d'un résultat rapide va consulter un psychanalyste pour qui le travail est a priori inscrit dans le temps. En face d'une dépression sévère ou d'un état délirant, le travail par les mots ne suffira pas.
" On a le droit, lors d'un premier rendez-vous, de poser des questions sur la formation de celui qui vous reçoit, ses ancrages théoriques et surtout le projet de prise en charge qu'il suggère.
" A l'issue d'une première consultation, il est généralement possible de vérifier dans quelle mesure on a le sentiment d'avoir été écouté, entendu, respecté dans sa demande.
" Les recommandations d'amis ou de médecins peuvent être utiles mais il existe une alchimie particulière qui fait que, malheureusement, un bon psy pour Martine ne sera pas forcément un bon psy pour Martin.

Combien coûtent une consultation chez un psychiatre et chez un psychologue (en moyenne) et sont-ils remboursés ?
Il existe deux niveaux d'honoraires chez les psychiatres conventionnés. Les uns strictement conventionnés demandent un prix fixe légalement déterminé par les accords professionnels. D'autres psychiatres sont conventionnés mais pratiquent des honoraires dits libres, autorisant avec tact et mesure une augmentation de prix. Il existe des psychiatres non conventionnés dont la liberté tarifaire est absolue.
Beaucoup des patients consultant des psychiatres en secteur 2 (conventionnés à honoraires libres) ont des mutuelles qui couvrent plus ou moins complètement la différence entre le remboursement sécurité sociale et le prix de la consultation.

Les psychologues cliniciens ne sont en l'état actuel de la législation pratiquement jamais remboursés, ce qui est extrêmement regrettable dans la mesure où cela réduit pour beaucoup de gens la possibilité de faire des psychothérapies. Des débats théoriques existent quant à la nécessité pour le patient de payer partiellement la prise en charge. Cela n'est nullement démodé mais doit être pris en compte dans un ensemble incluant les phénomènes de pauvreté, de précarité.

Dépression

Je suis désespérée car mon mari est dépressif. Il a des périodes où il n'arrive pas à se bouger, je ne sais pas quoi lui dire dans ces moments-là : faut-il que je le pousse à faire des choses ou que je le laisse tranquille ?
Alain Gérard : Le plus efficace pour aider un patient gravement déprimé à se mobiliser est de lui souligner avec insistance que l'état dans lequel il est aujourd'hui est fondamentalement différent de son état normal. Cette argumentation doit porter sur des constats précis, mais ne doit pas être ressentie comme un reproche (et cela malgré l'énervement perçu bien souvent par l'entourage). Cette argumentation gentiment réitérée, un coup de fil éventuel au médecin de famille peuvent permettre l'organisation d'une consultation qui débouchera sur un diagnostic et sur un traitement.
Lorsqu'un patient a fait plusieurs dépressions, la récidive est très vite perceptible pour l'entourage alors que, curieusement, le sujet semble ignorer ou être indifférent à la situation. Cela fait partie malheureusement des particularités de la dépression, pathologie au cours de laquelle le sujet ne peut pas croire ou ne veut pas croire que "ça recommence".

Anorexie

J'ai une amie qui maigrit de plus en plus et qui s'obstine à faire un régime alors qu'elle est déjà maigre. Que puis-je faire pour l'aider, pour la ramener à la réalité ?
Il est extrêmement difficile de convaincre une jeune fille anorexique que son comportement alimentaire est devenu pathologique. Cela est particulièrement vrai pour les parents, c'est peut-être moins exact pour une amie. Un moyen probablement utile est de favoriser les liens avec l'entourage afin que le trouble n'évolue pas silencieusement et dans l'indifférence.

Anxiété

Comment rassurer ma mère qui s'inquiète tout le temps pour rien ? Elle est très anxieuse : dois-je la rassurer ou l'engueuler ? Ca finit par être angoissant pour moi.
Il existe un niveau habituel d'anxiété qui accompagne le fonctionnement de la vie, en particulier lorsqu'on a des enfants. Le fait de s'inquiéter en permanence au sujet d'événements qui pourraient advenir mais dont la probabilité de réalisation est extrêmement faible signe un trouble que les médecins appellent trouble anxieux généralisé. Pour soigner ce trouble, il existe des techniques psychothérapiques à effectuer auprès de psychothérapeutes spécialement formés. Il existe également des traitements médicamenteux qui soulagent les symptômes et évitent dans certains cas le passage à la dépression, voire le passage à certaines addictions à l'alcool ou aux tranquilisants utilisés sans rationnalité. Il ne s'agit pas de disputer une mère pathologiquement anxieuse, il s'agit de l'aider à prendre conscience du caractère inadapté de ses inquiétudes et de la convaincre qu'une aide extérieure, autre que vous, peut soulager le trouble.

Le stress au travail

Y-a-t-il des solutions ou des prises en charge pour atténuer le stress au travail ?
Le stress au travail semble s'aggraver dans de nombreux secteurs d'activité. Le premier niveau d'action concerne sa propre gestion de l'activité et l'analyse de ses propres niveaux d'exigence.
" Premier niveau, certains se stressent au travail parce qu'ils exigent trop d'eux-mêmes.
" Le second niveau concerne les possibilités de discussion au sein d'un système managérial. Dans les sociétés en crise et où le stress augmente, on s'aperçoit que, bien souvent, chacun a gardé pour lui ses difficultés, considérant que les exigences de la direction et du style de travail étaient non négociables et qu'en phase d'ordre, on se soumettait ou on était fichu à la porte. Les responsables sont eux-mêmes souvent soumis à des exigences de rentabilité et le dialogue interne ne peut plus être établi. On n'a pas à se déclarer impuissant a priori au sein d'une entreprise.
" Le troisième niveau d'action concerne la médecine du travail. Lorsqu'un médecin du travail est alerté par une succession de troubles anxieux, d'insomnies, de dépressions, il a toute liberté pour demander qu'un audit soit fait sur les conditions de travail dans une entreprise.

Dr Alain Gérard In l'internaute santé 20 avril 2008

Le docteur Alain Gérard est psychiatre et expert au sein du groupe Système nerveux central de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé.



Article ajouté le 2008-04-22 , consulté 94 fois

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