La dépression, osons en parler !

par le Dr Jean-Hervé BOULEAU

On ne voit pas toujours arriver la dépression mais, une fois qu'elle est là, on ne peut pas la confondre avec une simple déprime. Fatigue, augmentation ou diminution de l'appétit ou du sommeil, tristesse, difficultés de concentration, dévalorisation, culpabilité, idées noires, et surtout plus aucun intérêt ni plaisir : la vraie dépression conjugue au moins cinq de ces symptômes, de façon intense et permanente, durant plus de quinze jours. Elle peut survenir à tout âge et se manifester pour la première fois à cinquante ans voire plus tard. Cependant, plus d'un déprimé sur deux ignore que sa détresse relève d'une réelle maladie. Le " milieu de la vie " est connu pour être une période de crise existentielle mais il ne faut pas oublier que les émotions fortes positives (se marier, avoir un enfant, déménager, partir à la retraite) sont aussi très stressantes. La vulnérabilité au stress varie pour chacun. Les personnes trop perfectionnistes ont aussi tendance à ne pas se rendre compte que leur mode de vie dépasse le seuil de stress supportable par le système nerveux.

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La dépression naît souvent d'une difficultés à supporter des événements traumatisants (deuil, séparation, chômage etc …) mais elle comporte aussi une part biologique. La transmission d'informations entre les neurones joue un rôle dans la stabilisation de l'humeur. Elle dépend de différents " messagers chimiques " (dopamine, sérotonine, noradrénaline). Lorsque ces neurotransmetteurs sont en déficit, l'information circule mal dans certains circuits neuronaux, occasionnant un déséquilibre de l'humeur et des difficultés de concentration qui en sont l'un des premiers symptômes. D'où le bénéfice des médicaments antidépresseurs qui régulent ces neurotransmetteurs. Beaucoup de patients s'imaginent qu'il faut choisir entre médicaments et psychothérapie. Le traitement le plus efficace associe les deux. Les séances permettent de restaurer la confiance en soi, d'identifier certaines causes du trouble et de modifier les mécanismes psychiques qui y ont contribué. Toutes les psychothérapies peuvent aider ; la seule difficulté est de rencontrer le bon thérapeute. Mais on ne peut les débuter que lorsque les médicaments ont permis de retrouver suffisamment de capacités intellectuelles et de motivation.

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Le syndrome d'épuisement professionnel, appelé aussi " burn out " constitue de plus en plus souvent une circonstance déclenchante de la dépression. Mais celle-ci touche plutôt des personnalités fragilisées, plus vulnérables à ce type de stress, qui n'ont pas pu protéger leur équilibre ou souffraient déjà d'une dépression latente. Si la dépression peut guérir spontanément en six mois, elle peut aussi devenir chronique à bas bruit, voire conduire à une tentative de suicide. D'où l'importance de se soigner rapidement. Malheureusement, quatre malades sur dix cessent de prendre leurs médicaments dès qu'ils se sentent mieux. C'est l'une des principales causes de rechute. Il faut consolider la guérison pendant au moins six mois et réduire progressivement les doses avant d'arrêter.

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Les difficultés que l'on rencontre dans la vie peuvent être amplifiées quand elles viennent raviver d'ancienne blessures. Cependant, contrairement à ce que pensent certains, la dépression n'atteint pas seulement les personnes qui ont eu un passé douloureux. Il existe aussi une part de prédisposition génétique, plus ou moins importante selon les cas. Un article publié dans "  the American Journal of Psychiatry " d'octobre 2007, évoque les effets de deux gènes venant amplifier les réactions aux aléas de l'existence. Quant aux antidépresseurs, certaines en ont peur. Pourtant ils n'entraînent aucune dépendance physique, contrairement à d'autres psychotropes qui soignent l'anxiété ou les troubles du sommeil. Il sont un peu longs à agir et peuvent avoir quelques effets indésirables durant les deux premières semaines (maux de tête, nausées, tremblements), alors qu'ils n'ont pas encore d'effets sur la dépression. Passé ce stade, le plus souvent, le soulagement arrive et les symptômes indésirables régressent. Avant six semaines, on ne peut pas affirmer que le traitement est inefficace ; et si 30% des patients ne répondent pas à un premier antidépresseur, on peut en choisir un autre parmi la cinquantaine existante. Le sport est très bénéfique. Il libère des endorphines, source de bien-être, diminue le niveau de stress et améliore le sommeil.

In www.femina.fr par le Dr Jean-Hervé BOULEAU, psychiatre, chef de service au Centre Hospitalier de Pontoise (95) coordinateur du programme E.A.A.D (European Alliance Against Depression).



Article ajouté le 2008-04-04 , consulté 110 fois

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